mardi 19 décembre 2006

Noël - une subversion nommée Espoir

Nous trouvons tous un peu lourd, sinon proprement scandaleux le détournement de sens que connaissent Noël et jour de l'an - et ce n'est pas d'hier - au profit des marchands du Temple. En dépit de tout je ne peux m'empêcher de vous souhaiter joyeux Noël et bonne année, et tout ce qu'on se souhaite dans ces fêtes entremêlées.

La fête de la nativité, que Jésus soit de légende ou de vérité, ne réglera sans doute rien des problèmes durables que connait l'humanité - faim, misère, violence et injustice. Mais comme bien d'autres célébrations populaires et nationales, antiques ou récentes des peuples du monde, elle porte en elle l'idée très forte de l'espoir. L'espoir incarné par la candeur de cet enfant qui promet qu'un jour l'ordre des choses changera profondément à la faveur des laissés pour compte, des moins fortunés. Que le monde et le coeur des humains pourraient trouver de meilleures fondations dans la générosité et l'amour de son prochain. Message proprement révolutionnaire, qui coûta la vie - d'une cruelle façon - à son légendaire auteur....bien avant que l'année, le temps change vraiment. Depuis ce temps on se souhaite une bonne et toute nouvelle année, sans relâche depuis deux mille ans - et bien davantage - et on ne perd toujours pas espoir de voir le temps changer, de voir l'exploitation céder le pas à l'égalité - de voir la cupidité subvertie en générosité. Oui, cet espoir est une joyeuse subversion qui nous tarde à réaliser.

C'est de ce message que le citoyen Khadir, né musulman mais arrivé au Monde, se réclame pour vous souhaiter Bònn ané en Haïti et ici, happy new year partout, sana saiida ou ayam saiid au coeur de la palestine et au bord de l'Euphrate éplorée par le sort de ses riverains, feliz año nuevo ou felice anno nuovo du Oaxaca à Puerto Allegre en passant par La Paz où les peuples sont en marche, shana tova ou a gut yohr pour que Jérusalem trouve une raison pour la paix et sâleh no mobârak à celles et ceux qui me parlent dans ma langue, celle de la solidarité.

Joyeuses fêtes à toutes celles et ceux qui oeuvrent pour l'espoir, pour un Québec de plus en plus solidaire.
Amir Khadir, le 19 décembre 2006

vendredi 15 septembre 2006

Dawson... pourquoi ?


La fusillade aveugle du collège Dawson nous rappelle la déraison de la violence. Nous sommes atterrés et cherchons à comprendre la violence insensée du meurtrier. Notre sympathie pour les victimes et leurs familles n'a d'égale que notre incompréhension. Des questions sans réponses nous tenaillent. Pourquoi ?

Hélas, la violence fait partie de nous depuis le temps de notre descente des arbres, et bien avant. Comportement inné ou conditionné, sensé nous protéger face aux menaces de la nature, la violence conditionnait nos chances de survie dans des environnements plus hostiles. Mais elle a aussi permis à quelques uns de dominer les autres, à ériger la force comme seul arbitre. L'arbitraire de la violence comme seule loi pour soumettre, pour contrôler, pour posséder. Nos rapports en famille, en tribu, puis en société en sont devenus gravement affectés.

Parallèlement, l'ambition la plus soutenue de 10 000 ans de civilisation humaine a été de limiter sinon d'éliminer cette violence. On a cherché à remplacer la loi de la force par la force de lois destinées à protéger les plus faibles, à protéger la vie, à pacifier les rapports humains en famille, en société et entre les nations.

A-t-on réussi ? Certes pas totalement. Les guerres sont nombreuses et les victimes légions car des économies en dépendent ; des pouvoirs et privilèges sont en jeu. Et bien qu'on puisse en prévenir beaucoup plus, le suicide, la violence individuelle ou les gestes de folie meurtrière – fruit du mal de vivre ou de la souffrance psychiatrique, vont toujours survenir.

Mais l'idée que l'humanité doit rompre avec la guerre et la violence est plus forte et plus attrayante que jamais. Et Québec solidaire est de cette école. Nous sommes pacifistes et nous pensons que rien ne justifie la violence envers les personnes et les peuples.

Pendant ce temps, le Premier ministre canadien Stephen Harper n'a aucun mal à trouver des milliards pour équiper les militaires, tandis que Jean Charest ne trouve rien de mieux à proposer qu'une réduction des dépenses publiques et des baisses d'impôt comme projet de société. Pourtant, il nous paraît évident que les milliards dépensés pour faire la guerre assureraient mieux notre sécurité et nous protégeraient mieux contre la violence si on les investissait en éducation, en santé, pour la sécurité sociale et pour la protection de l'environnement. On se rend mieux compte après la fusillade de Dawson que ce sont des garderies et des écoles de qualité dont nous avons besoin, où nos éducateurs et nos enseignantes auraient enfin le temps et les moyens de s'occuper de celles ou de ceux parmi nos enfants qui sont en détresse, qui sont fragiles. Ce sont des programmes de prévention, d'éducation et de support qu'il nous faut pour dépister et aider ceux qui sont isolés et vulnérables, dangereux pour eux-mêmes ou pour leur entourage en cas de détresse psychologique.

Bien sûr, mettre fin à la violence, qu'elle soit individuelle ou collective, va bien au-delà de la lutte à la pauvreté et à la discrimination. L'égalité en société ne préviendra pas toute violence contre soi ou les autres. Il y a hélas aussi la culture de la violence, cautionnée par le comportement des décideurs planétaires et célébrée par l'industrie du divertissement et toute une économie qui s'en nourrit. Mais une société qui aspire à la paix et à la sécurité doit avant tout être soucieuse d'offrir des conditions de vie et de travail dignes, humaines et créatrices à tout le monde, car il n'y a aucun autre moyen systémique pour remédier aux causes complexes de frustration, d'humiliation ou d'injustices que peuvent vivre des individus.

Amir Khadir, le 15 septembre 2006
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Photos de la Canadian Press